Dans les hauteurs de Bourg-Saint-Maurice, en Savoie, deux chevaux ont été découverts dans un état de détresse extrême après avoir été laissés sans eau ni nourriture pendant plusieurs semaines. L’affaire a conduit leur propriétaire devant le tribunal correctionnel d’Albertville, où le parquet a requis une peine de prison avec sursis et une interdiction de détenir des équidés.
En bref
- —Deux chevaux abandonnés sans eau ni nourriture en altitude
- —L’un des animaux est mort de malnutrition
- —La propriétaire a des antécédents sur 15 ans de maltraitance
Un promeneur donne l’alerte dans un pré d’altitude
C’est un promeneur inquiet qui a déclenché l’intervention des autorités. En observant deux chevaux dans un pré isolé des montagnes de Bourg-Saint-Maurice, il a signalé leur état alarmant à la Direction départementale de l’emploi, du travail, des solidarités et de la protection des populations (DDETSPP).

Les agents dépêchés sur place ont découvert un spectacle préoccupant : deux chevaux visiblement amaigris, dont l’un était incapable de se mouvoir. Les arbres environnants avaient été rongés par les animaux, témoignage direct de leur faim désespérée.
Les conditions du lieu aggravaient encore la situation. Aucun abri n’était disponible, et l’accès difficile au pré rendait toute intervention logistiquement complexe. Les chevaux se trouvaient à plus de 1 000 mètres d’altitude, dans un environnement climatiquement difficile.
La DDETSPP intervient, mais la propriétaire refuse d’obtempérer
Face à l’urgence, la DDETSPP a mis en demeure la propriétaire des chevaux, identifiée sous le prénom Catherine, de pourvoir aux besoins essentiels des animaux dans un délai de 48 heures.

Quelques jours plus tard, les autorités ont reçu un courrier d’opposition à cette mise en demeure. Lors d’une seconde visite sur place, aucune amélioration n’avait été constatée. Les chevaux se trouvaient toujours dans le même état de dénuement.
Devant ce refus d’agir, la décision a été prise de confier les deux animaux à l’association CHEVAL ESPOIR 38, chargée de leur prise en charge et de leur réhabilitation.
La protection animale en milieu rural, un défi persistant
En France, la maltraitance animale est un délit passible de poursuites pénales, mais son traitement reste inégal selon les territoires. Dans les zones rurales et de montagne, l’isolement géographique complique la détection des cas de négligence et retarde les interventions. Les associations comme CHEVAL ESPOIR 38 jouent un rôle crucial en suppléant les pouvoirs publics pour la prise en charge des animaux saisis.
Un cheval meurt, l’association décrit un état critique
Malgré la prise en charge par l’association, l’un des deux chevaux n’a pas survécu. Trop affaibli par la malnutrition, il est mort des suites de son état de santé dégradé.

La présidente de CHEVAL ESPOIR 38 a témoigné avec émotion de l’état des animaux à leur arrivée. Le cheval encore en vie s’est précipité sur la nourriture et l’eau, buvant plus de 70 litres d’un coup. Elle a décrit les multiples pathologies dont souffraient les équidés et les difficultés logistiques pour leur apporter des soins adaptés.
Son témoignage a mis en évidence l’incompréhension des bénévoles face à un tel niveau de négligence, dans un contexte où les besoins fondamentaux des chevaux — accès constant à l’eau et à la nourriture — n’avaient manifestement pas été assurés pendant plusieurs semaines.
Un procès marqué par la récidive et l’attente d’un verdict symbolique
À l’audience du tribunal correctionnel d’Albertville, Catherine a refusé de s’exprimer, niant même être la propriétaire des chevaux. L’agent de la DDETSPP a rappelé l’obligation légale de fournir aux équidés un accès permanent à l’eau et à la nourriture, particulièrement dans des conditions climatiques difficiles en altitude.

Le tribunal a été informé des antécédents de Catherine en matière de maltraitance animale, avec plusieurs procédures similaires engagées à son encontre au cours des 15 dernières années. Cette récidive a pesé dans les réquisitions du parquet.
Le procureur a requis deux mois de prison avec sursis et une amende de 9 000 euros, dont 5 000 euros avec sursis, ainsi qu’une interdiction de détenir des chevaux pendant cinq ans. L’avocate de l’association a également demandé une compensation financière pour couvrir les frais de pension des animaux. L’affaire a été mise en délibéré au 14 avril 2025.
L’affaire des chevaux de Bourg-Saint-Maurice illustre les limites des mises en demeure administratives face à des propriétaires récalcitrants, et la nécessité d’une réponse judiciaire ferme. Au-delà du cas individuel de Catherine, ce procès cristallise les attentes des associations de protection animale, qui espèrent qu’un verdict exemplaire contribuera à renforcer la prise de conscience collective sur les devoirs des propriétaires d’animaux. Le sort réservé à ces deux chevaux rappelle que la vigilance citoyenne — comme ce promeneur qui a donné l’alerte — reste souvent le premier maillon d’une chaîne de protection encore trop fragile.


