Au Salvador, le Centro de Confinamiento del Terrorismo (CECOT) est unanimement désigné comme la pire prison du monde. Inauguré en 2023, cet établissement de 1,6 km² accueille environ 20 000 prisonniers condamnés à n’en jamais sortir. Un documentaire diffusé fin mai 2026 sur la chaîne britannique Channel 5 a remis en lumière les conditions de détention extrêmes qui y règnent.
En bref
- —Le CECOT au Salvador est qualifié de pire prison du monde
- —80 détenus par cellule, sans matelas ni couverture
- —Près de 2 % de la population salvadorienne est incarcérée
La France pointée du doigt, mais loin du pire
La France est régulièrement mise en cause par la Commission européenne des droits de l’homme pour ses conditions carcérales. Et pour cause : selon les chiffres publiés par le ministère de la Justice, on comptait 88 654 détenus au 1er mai 2026 dans les établissements pénitentiaires français, soit une hausse de 5,9 % en un an.

Le taux de suroccupation a désormais atteint 140 %, plaçant la France en queue de peloton des pays européens. La prison des Baumettes à Marseille est souvent citée comme symbole de la vétusté et de la surpopulation carcérale hexagonale.
Pourtant, en vertu de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), les détenus français bénéficient d’une protection juridique garantissant des conditions de détention respectueuses de leur dignité, avec l’interdiction formelle des traitements inhumains ou dégradants. Une protection qui n’existe pas partout dans le monde.
Le CECOT, une prison inaugurée en 2023 pour terroriser les gangs
Le Centro de Confinamiento del Terrorismo, dit CECOT, a été inauguré en 2023 au Salvador, petit pays d’Amérique centrale d’environ six millions d’habitants. Son existence répond à la volonté du président Nayib Bukele de mener une lutte frontale contre les gangs qui gangrenaient le pays depuis des décennies.

La politique sécuritaire de Bukele a effectivement contribué à réduire drastiquement la violence dans les rues salvadoriennes. Mais elle a aussi conduit à une explosion du nombre de personnes incarcérées, au point que le CECOT est rapidement devenu un symbole mondial de la répression de masse.
L’établissement a attiré l’attention internationale en 2025, lorsque Kristi Noem, alors responsable de la Sécurité intérieure de l’administration Trump, s’y est rendue en visite. Elle y a présenté les lieux accueillant des délinquants salvadoriens expulsés des États-Unis, révélant au monde entier les images de ces hommes tatoués détenus dans de gigantesques cages.
La lutte anti-gangs de Bukele
Depuis son élection en 2019, le président salvadorien Nayib Bukele a fait de l’éradication des gangs, notamment le MS-13 et le Barrio 18, sa priorité absolue. En 2022, il a décrété l’état d’urgence, permettant des arrestations massives. Si la criminalité de rue a fortement reculé, cette politique est régulièrement dénoncée par les organisations de défense des droits humains pour ses dérives et l’absence de garanties judiciaires.
Des conditions de détention inhumaines : 80 hommes par cellule
Le journaliste britannique Richard Madeley a pu visiter le CECOT et en a tiré un documentaire diffusé le 27 mai 2026 sur la chaîne Channel 5. C’est le directeur de la prison lui-même qui qualifie l’établissement de « cimetière d’hommes vivants » : les détenus y sont enfermés pour le restant de leurs jours, sans aucun espoir de libération.

Les conditions de détention documentées par Madeley sont extrêmes. Les prisonniers dorment à 80 par cellule sur des lits métalliques superposés, sans matelas ni couverture. La lumière reste allumée 24 heures sur 24. Ils ne disposent que de deux lavabos et deux toilettes pour une centaine de personnes.
En guise de punition, les détenus peuvent être placés à l’isolement, plongés dans l’obscurité et le silence pendant des semaines. « Je n’ai jamais vu d’autres êtres humains dans un tel état, détenus dans de telles conditions », a déclaré le journaliste à l’issue de son reportage.
2 % de la population salvadorienne derrière les barreaux
Le CECOT s’étend sur une superficie totale de 1,6 km² et dispose de 40 000 places. Il accueille actuellement environ 20 000 prisonniers, soit la moitié de sa capacité théorique. Mais au-delà de cet établissement, c’est l’ensemble du système carcéral salvadorien qui a explosé.

Au total, plus de 109 000 personnes se trouvent aujourd’hui derrière les barreaux au Salvador, ce qui représente près de 2 % de la population du pays. Un taux d’incarcération parmi les plus élevés au monde, directement lié à la politique de tolérance zéro menée par le président Bukele contre les organisations criminelles.
Si cette stratégie a permis de réduire sensiblement la violence dans les rues, elle soulève de profondes questions sur le respect des droits des détenus et sur les garanties juridiques offertes aux personnes incarcérées. Le documentaire de Richard Madeley relance ce débat à l’échelle internationale.
Le documentaire de Richard Madeley diffusé sur Channel 5 fin mai 2026 rappelle que les débats sur les conditions de détention ne se limitent pas aux prisons européennes surpeuplées. Le CECOT salvadorien, avec ses 20 000 détenus condamnés à ne jamais revoir la liberté, incarne une conception radicale de la justice pénale, aux antipodes des standards internationaux en matière de droits des détenus. Alors que la France peine elle-même à résoudre sa crise de surpopulation carcérale, la situation au Salvador pose une question universelle : jusqu’où une société peut-elle aller au nom de la sécurité publique ?


