« En ligne, il utilisait 47 pseudos et une vingtaine d’identifiants » : Xavier Dupont de Ligonnes, la cybertraque
Posted 24 février 2026 by: Admin
Quinze ans après les faits, l’ombre de l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès continue de hanter la France.

Parmi ceux qui ont plongé au cœur du dossier, Gilles Galloux, enquêteur spécialisé en cybercriminalité, raconte de l’intérieur les coulisses d’une traque numérique hors norme.
Le 29 avril 2011, à la veille d’un week-end ordinaire, les locaux de l’Office central de lutte contre la cybercriminalité s’animent soudainement. L’affaire Ligonnès vient d’être confiée aux spécialistes de la PJ, marquant un tournant dans l’enquête. Parmi eux, Gilles Galloux, ancien de la BAC devenu technicien à la police judiciaire, mesure immédiatement l’ampleur de la mission.
Depuis plusieurs jours déjà, le visage de Xavier Dupont de Ligonnès tourne en boucle sur les écrans. Le 21 avril 2011, à Nantes, les corps de son épouse Agnès et de leurs quatre enfants – Arthur, Thomas, Anne et Benoît – ont été découverts sous la terrasse du domicile familial, au 55 boulevard Robert-Schuman. Une scène glaçante qui bouleverse le pays tout entier.
La traque numérique d’un fugitif méthodique

Alors que tous les services de police et de gendarmerie se mobilisent sur le terrain, la mission confiée à Gilles Galloux et à ses collègues est d’un autre ordre : exploiter les traces numériques laissées par le suspect. Logs de connexion, adresses IP, identifiants et pseudonymes deviennent autant de pistes à explorer.
Ligonnès utilisait un ordinateur portable Toshiba vieillissant, détail technique qui a paradoxalement facilité l’identification de certaines traces. Au total, près de cinq millions de lignes de code ont été analysées pour tenter d’y déceler un indice. L’homme avait multiplié les identités virtuelles, utilisant 47 pseudonymes et une vingtaine d’identifiants sur 23 sites différents.
Reconstituer l’avant et l’après
L’objectif était double : comprendre ce que le fugitif avait fait avant les meurtres supposés, et retracer ses activités après avoir quitté Nantes le 10 avril 2011. Les enquêteurs accusaient déjà une semaine de retard sur lui, ce qui compliquait la tâche.
Parmi les éléments examinés figuraient notamment ses connexions à des forums religieux, dont le site du mouvement La Cité catholique. Chaque interaction en ligne était scrutée, chaque recherche passée au crible. Ce travail minutieux a permis, selon Gilles Galloux, de mieux cerner la chronologie des événements, notamment la nuit du 5 au 6 avril, période où Thomas est présumé avoir été tué.
Une cybercriminalité encore émergente

À l’époque, la lutte contre la cybercriminalité en était encore à ses débuts. Les méthodes d’analyse numérique n’avaient pas encore atteint le degré de sophistication actuel. L’affaire Ligonnès a constitué un cas d’école, révélant l’importance cruciale des données informatiques dans les enquêtes criminelles modernes.
Pour Gilles Galloux, cette immersion dans les arcanes numériques du suspect restera l’une des missions les plus marquantes de sa carrière. Son ouvrage, « Le flic au cœur de l’affaire », témoigne de cette plongée dans un dossier où la technologie est devenue un outil central de la vérité judiciaire.
Une énigme toujours irrésolue
Malgré l’ampleur des investigations, Xavier Dupont de Ligonnès demeure introuvable à ce jour. L’affaire continue d’alimenter hypothèses et spéculations, tant en France qu’à l’étranger.
Pour les enquêteurs, le travail accompli n’a pas été vain : il a permis de fixer des certitudes, d’écarter des pistes et de mieux comprendre le profil numérique du fugitif. Mais l’absence d’arrestation laisse une question suspendue depuis 2011 : où est passé Xavier Dupont de Ligonnès ?







