Un centre associé à l’équithérapie
Avant l’ouverture de l’enquête, le centre Lucky Horse était connu pour des séances d’équithérapie destinées notamment à des femmes victimes de violences conjugales. Gisèle Pelicot avait fait un don de 20 000 euros à l’association IsoFaculté, structure étroitement liée au centre et devenue référente en médiation équine. L’enquête pour maltraitance animale visant le gérant a été ouverte en septembre.
Contrôles: 5 % des propriétaires par an, 70 mises en demeure en 2025
Le monde équestre pose d’abord une question de statut. L’équidé est un animal de rente, comme les bovins, les porcins ou les ovins: il a une valeur marchande. À la différence de l’animal de compagnie, « qui est là pour le plaisir de l’humain », explique Guillaume Blanc, directeur de l’accompagnement à la filière équine à l’Institut français du cheval et de l’équitation (Ifce). Une réglementation stricte s’applique pourtant à tous les propriétaires: identification du cheval, lieux de résidence, registres d’élevage et de transport, désignation d’un vétérinaire, certificat de compétences.
Reste à faire respecter ces règles. « Il y a des normes auxquelles on doit se plier mais si on ne le fait pas, personne ne le voit », regrette Lisa Fernandez, de l’association Les 3 dindes, qui pointe un manque d’effectifs et de moyens. Les contrôles relèvent de la direction départementale de la protection des personnes (DDPP), sous l’autorité du préfet. Elle vérifie 5 % des propriétaires par an, en plus des plaintes pour maltraitance, précise Jean-Noël Rieffel, directeur de la DDPP du Loiret.
Dans ce département, 130 professionnels sont déclarés. En 2025, la DDPP y a mené 23 contrôles, dont huit ont abouti à une mise en demeure de régularisation pour des non-conformités. À l’échelle nationale, le ministère de l’Agriculture compte 128 avertissements et 70 mises en demeure l’an dernier. Ses services contrôlent chaque année environ 400 structures.
Lisa Fernandez dénonce aussi une porte d’entrée trop large: « On peut acquérir un cheval en étant n’importe qui et si on ne déclare pas à l’Ifce, personne ne le sait. » Selon elle, il y a trop de propriétaires, dont beaucoup ne savent pas s’occuper d’un cheval.
Bourges, Faverolles-sur-Cher: d’autres dossiers, et un programme de formation
Lucky Horse n’est pas un cas isolé. Fin octobre, 200 chevaux ont été saisis en quelques heures près de Bourges, puis recueillis par des associations dans toute la France. Les propriétaires, déjà condamnés en 2018, n’avaient plus les moyens de les nourrir mais continuaient à les faire se reproduire, explique Lisa Fernandez, dont l’association a accueilli sept équidés. En 2024, Daisy Vaillant, gérante du centre La clé des champs dans le Loir-et-Cher, a recueilli deux chevaux rescapés d’un centre équestre de Faverolles-sur-Cher, « arrivés dans un état de maigreur avancée ».
La majorité des cas de maltraitance tiennent à la négligence ou à la méconnaissance des propriétaires: une mauvaise alimentation pour une race exigeante, ou une sous-nutrition très répandue, car nourrir un cheval coûte cher. D’autres, selon Daisy Vaillant, « se servent du cheval comme d’un outil, quand il est cassé, ils le jettent ». Elle situe le problème dès la formation des futurs professionnels, où « l’on n’explique pas correctement les choses ».
Pour l’avocate Camille Morin, qui a déjà plaidé dans des dossiers liés aux équidés, les cas les plus graves concernent davantage les structures professionnelles. Elle rappelle les chevaux retrouvés mutilés, voire décapités, dans plusieurs régions en 2020. Selon elle, « il y a de tout dans le milieu du cheval, et donc des visions à l’ancienne ». Lisa Fernandez évoque un milieu « qui brasse beaucoup d’argent » et réclame d’éduquer, de légiférer et de réprimer plus sévèrement.
La Fédération française d’Équitation a lancé un programme pour former et sensibiliser au bien-être animal les professionnels et les enseignants chargés de former les futurs professionnels. « Ces sujets prennent de plus en plus de place avec l’évolution du regard de la société », précise Deborah Bardou, chargée de mission à la FFE.
Face à ces affaires, la Fédération française d’Équitation met en avant son programme de sensibilisation. « Ces sujets prennent de plus en plus de place avec l’évolution du regard de la société », souligne Deborah Bardou.

