En plein désert médical, ce médecin retraité est poursuivi pour avoir aidé gratuitement ses anciens patients
Posted 5 mars 2026 by: Admin
Dans un petit village de Haute-Saône, une affaire judiciaire soulève une question sensible qui dépasse le cas d’un seul médecin.

Jusqu’où un praticien retraité peut-il continuer à aider ses anciens patients dans un territoire frappé par la pénurie médicale ? L’audience prévue à Dijon met en lumière un dilemme entre règles administratives et urgences humaines. À Saulnot, en Haute-Saône, le docteur Patrick Laine pensait avoir refermé le chapitre de sa vie professionnelle en 2021 après près de quarante années passées à exercer comme médecin généraliste. Pourtant, quelques années après avoir quitté son cabinet, l’ancien praticien se retrouve aujourd’hui convoqué devant une instance disciplinaire à Dijon pour s’expliquer sur des ordonnances rédigées après sa retraite.
Dans cette commune rurale confrontée à un manque criant de médecins, Patrick Laine affirme avoir simplement répondu à des sollicitations de patients en difficulté. Selon lui, ces prescriptions n’étaient motivées que par une volonté d’assistance dans un contexte de désert médical. Les autorités ordinales lui reprochent toutefois un possible exercice illégal de la médecine, une accusation qui place désormais ce médecin retraité au cœur d’une procédure sensible.
Quarante ans d’exercice dans un territoire rural
Installé à Saulnot depuis 1983, Patrick Laine a consacré l’essentiel de sa carrière à la médecine de proximité. Durant près de quatre décennies, il a suivi plusieurs générations d’habitants, parfois au sein d’une même famille. Le médecin évoque une relation étroite avec ses patients, nourrie par un exercice très présent sur le terrain, notamment grâce aux visites à domicile.

Selon ses propres estimations, environ un quart de son activité consistait en déplacements chez les patients, une pratique devenue rare dans de nombreux territoires. Il explique que ces visites permettaient de comprendre l’environnement social et familial des malades, renouant avec la tradition du médecin de famille. Cette implication s’accompagnait toutefois d’un rythme de travail particulièrement intense, avec des semaines dépassant régulièrement les soixante-dix heures et des gardes nocturnes fréquentes.
Un départ sans successeur dans un désert médical
Lorsque Patrick Laine prend sa retraite à 71 ans, en 2021, aucun remplaçant n’est trouvé pour reprendre son cabinet. Malgré plusieurs tentatives pour attirer un successeur, la plaque est finalement retirée sans qu’un nouveau généraliste ne s’installe. Cette absence laisse un vide médical important dans un territoire déjà fragilisé par la rareté des professionnels de santé.
Dans les années qui suivent, d’anciens patients continuent à contacter leur médecin de toujours, souvent confrontés à des difficultés pour obtenir un rendez-vous ailleurs. Patrick Laine explique qu’il a alors parfois accepté de les conseiller ou de rédiger certaines prescriptions, estimant agir dans des situations d’urgence ou face à des résultats médicaux préoccupants. Il affirme n’avoir jamais perçu la moindre rémunération pour ces interventions, qu’il décrit comme de simples gestes de solidarité.
Des prescriptions contestées par un confrère

La situation prend une tournure judiciaire lorsque le conseil départemental de l’Ordre des médecins de Haute-Saône reçoit une plainte émanant d’un confrère. En mars 2025, Patrick Laine reçoit un courrier officiel lui signalant l’ouverture d’une procédure disciplinaire. Le médecin raconte avoir été profondément affecté par cette décision, qu’il considère comme une remise en cause de toute sa carrière.
Selon les éléments transmis par l’Ordre, environ deux cents prescriptions auraient été recensées sur une période d’un an et demi. Ces documents ont été signalés à la Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), qui aurait pu en demander le remboursement. Toutefois, l’ancien praticien affirme que les autorités sanitaires ont reconnu le service rendu aux patients, et qu’aucune récupération financière ne lui a finalement été demandée.
Une notion juridique au cœur du débat
Le dossier repose en grande partie sur l’interprétation des règles encadrant l’activité des médecins retraités. En France, un praticien qui reste inscrit au tableau de l’Ordre peut continuer à soigner gratuitement ses proches, à condition de limiter son intervention à un cercle familial ou amical restreint. En revanche, il ne peut pas assurer le suivi régulier d’une patientèle ni délivrer certaines prescriptions sans dispositif de cumul emploi-retraite.
Toute la question réside donc dans la définition du terme « proche ». Patrick Laine estime que cette notion demeure floue et difficile à appliquer dans un village où les liens sociaux sont étroits. Pour lui, les habitants qu’il a suivis pendant quarante ans font naturellement partie de son cercle de proximité, tandis que l’Ordre considère que cette interprétation pourrait dépasser le cadre autorisé.
Un soutien massif des habitants et des élus
Face à cette procédure, de nombreux habitants de Saulnot ont décidé de soutenir leur ancien médecin. Plus de cent cinquante patients ont rédigé des attestations pour témoigner de son engagement et de son rôle dans la communauté. Plusieurs maires de la région ont également annoncé leur intention de l’accompagner lors de l’audience à Dijon, estimant que son action répondait à une urgence sanitaire locale.
Patrick Laine affirme avoir continué, même après avoir cessé ses prescriptions, à aider les habitants de manière informelle. Il dit notamment avoir accompagné certains patients gravement malades dans leurs derniers moments, leur permettant de rester chez eux plutôt que d’être hospitalisés. Ces gestes, explique-t-il, relevaient autant de l’accompagnement humain que du suivi médical.







