Le gérant dirige un centre d’équihomologie, présentée sur son site comme « la science & l’art vivant de la communication non verbale avec le cheval ». Il a lui-même inventé cette technique. Il affirme avoir aidé aussi bien des « femmes en difficulté » que des « personnes en situation de handicap ». Pour l’avocate Camille Morin, qui défend l’association Chevaux d’Eden, partie civile, ce contexte rend l’affaire encore plus « abjecte ».
Cathy Duval a alerté sur les maltraitances dont elle dit avoir été témoin. Elle évoque une jument pleine enfermée dans le noir pendant des jours, sans eau ni nourriture, et une autre « traînée au sol et son frère matraqué ». Son récit est sans détour: « Tous les chevaux étaient tabassés avec un tube », un tuyau rigide muni d’un crochet. Selon elle, c’était la méthode du gérant pour dresser ses animaux.
Sa démarche a eu un coût: elle a fini par être exclue de sa formation, sans remboursement. Elle a alors contacté d’anciens stagiaires, et les témoignages se sont multipliés. Selon son récit, les chevaux « abîmés » ou « qui viennent d’être battus » étaient cachés dans un bâtiment en travaux, ce qui expliquerait qu’elle n’ait rien vu en tant que cavalière.
Six chevaux retirés mi-juin, dont quatre hospitalisés
Le dossier s’est construit avec l’association Les Chevaux de l’Éden, qui raconte avoir reçu la lanceuse d’alerte à la mi-mai. Elle dit s’être rendue sur place, avoir documenté ce qu’elle observait et transmis le tout aux autorités. Elle y a joint des attestations d’anciennes salariées et d’une ancienne volontaire en service civique. Ces écrits décrivent des privations alimentaires, des chaînes, des coups et une absence de soins. Ils rapportent les déclarations de leurs auteurs et ne constituent pas, à eux seuls, des constatations judiciaires.
Le 17 juin, la justice a ordonné un premier retrait: six équidés ont été confiés au refuge gardois de l’association, à Marguerittes. Quatre ont dû être hospitalisés. La DDPP a évalué un poney à une note d’état corporel de seulement 0,25 sur 5. Les rapports vétérinaires de l’association retiennent pour plusieurs animaux le diagnostic de « malnutrition ou dénutrition ». Sa responsable, Laura Affortit, résume: dix animaux ont été récupérés depuis, « dont certains avaient un diagnostic proche de la mort ».
Les alertes ne se sont pas arrêtées là. Début septembre, des témoignages ont décrit des violences sur un jeune cheval de trois ans, avec des photographies de lésions sur la face et les membres. L’association précise que l’origine exacte de chaque lésion relève de l’examen vétérinaire et de l’enquête. D’autres récits évoquent deux cochons mis à mort puis enterrés sur la propriété. Selon les informations communiquées à l’association, des fouilles de la gendarmerie ont permis de retrouver deux carcasses.
Les 16 et 17 septembre, de nouveaux animaux ont été retirés: plusieurs équidés et un bouc, qui présentait de graves lésions. Une jument, avec une suspicion de fracture du bassin, n’a pas pu être transportée dans les conditions habituelles. Elle a été évacuée le lendemain en ambulance équine. Le gérant a été placé en garde à vue, puis sous contrôle judiciaire.
Certains témoignages recueillis par Cathy Duval vont plus loin: au moins deux équidés auraient été « euthanasiés » par étouffement avec des sacs plastiques, puis enterrés « sous les oliviers ». Ces faits restent des récits rapportés. La lanceuse d’alerte annonce par ailleurs un volet « humain »: elle cite du « travail dissimulé, de la corruption de mineurs, de l’escroquerie, des dérives sectaires ».

