Sur le canapé de Michel Denisot, tout bascule quand Gainsbourg la coupe: « vous êtes une pute ». Il juge son passé « dégueulasse ». Elle reste droite, répond « Oui, ça a à voir avec ça », puis rectifie aussitôt: « Non, c’est pas la même chose, c’est pas le même métier ». Elle lui renvoie « vous êtes le dégueulasse-type ». Gainsbourg rétorque « Moi j’ai jamais montré ma queue » avant de menacer: « Vous allez prendre deux baffes dans la gueule ».
Les images montrent un plateau figé, un animateur silencieux et une Ringer qui réagit en moins de deux secondes. Pierre Desproges prendra son parti, lâchant à propos de Gainsbourg: « je l’aimais beaucoup, de son vivant ».
L’affaire Rita Mitsouko de 1986
Au printemps 1986, les films pornographiques tournés par Catherine Ringer avant sa carrière musicale ressortent en VHS sous des titres exploitant le nom des Rita Mitsouko. Elle perd le procès intenté pour s’y opposer et se retrouve contrainte de s’expliquer publiquement sur chaque plateau de télévision, dans un contexte médiatique où ce passé est systématiquement utilisé pour la réduire à son image dans ces films plutôt qu’à son statut d’artiste.
Un cas d’école du sexisme télévisuel, longtemps minimisé
Pendant des années, la séquence a été rangée au rayon des provocations de Gainsbarre, surnom de la persona d’excès cultivée par le chanteur. Aujourd’hui, des sociologues des médias et des spécialistes des études de genre la citent comme un cas d’école du sexisme à la télévision: réduction d’une artiste à une insulte, amalgame entre pornographie et prostitution, humiliation publique, silence complice de l’animateur.
Des psychologues comportementalistes décrivent ce type d’attaque comme une stratégie de sidération: choquer pour instaurer une domination. La force de Ringer, analysent-ils, tient à sa réponse maîtrisée plutôt qu’émotive. Elle maintient le regard, garde une voix posée, refuse de se justifier sur son passé et renvoie le jugement moral à son interlocuteur — une posture qui coupe court au rapport de force recherché.
Ses confidences sur l’emprise et le viol changent tout
Quelques mois après le clash, dans l’émission Sexy Folies, Ringer évoque déjà des « situations violentes, difficiles » et une image « réduite à néant » pendant ses années dans les films pornographiques. Mais c’est en 2017, sur France 5 dans C à vous, qu’elle va le plus loin.
Elle raconte avoir vécu de 13 ans et demi à 20 ans sous l’emprise d’un homme plus âgé qu’elle qualifie de « pervers narcissique », qui l’a entraînée, dit-elle, « dans ces zones pornographiques, dans le viol ». Elle confie également: « Moi, je me suis laissé faire aussi, et j’en ai beaucoup souffert », évoquant larmes et séquelles.
Relire le clash de 1986 à la lumière de ces mots, c’est voir une femme qui se protège autant qu’elle se défend face à une attaque publique sur un passé qu’elle-même décrit comme une blessure profonde.
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