Une ordonnance de 2016 et un juge pour autoriser les contrôles de nuit
Les contrôles antidopages sont normalement autorisés entre 6h et 23h. Mais une ordonnance française datant de 2016 ouvre une exception: des contrôles peuvent être menés entre 23h et 6h au domicile ou au lieu d’hébergement d’un sportif, « dans le respect de sa vie privée et de son intimité », dès lors que ce sportif appartient au groupe cible d’un organisme sportif international ou participe à une manifestation sportive internationale.

Cette exception n’est pas automatique. Le Code du sport exige qu’il existe à l’encontre du sportif concerné « des soupçons graves et concordants qu’il a contrevenu ou va contrevenir » aux règles antidopage, ainsi qu’« un risque de disparition de preuves ». En l’espèce, l’ITA a saisi un juge, qui a estimé ces conditions remplies et autorisé les contrôles nocturnes.
Des microdoses indétectables au réveil, selon le Dr de Mondenard
Pour le Docteur de Mondenard, grand spécialiste du dopage, la logique de ces opérations nocturnes est claire: « ces contrôles visent les microdoses (EPO, hGH, peptides) administrées après les étapes, indétectables au réveil mais détectables à 2h ou 5h », avec un « objectif: contrer les stratégies de timing du dopage moderne ».

L’ancien coureur professionnel Jonathan Vaughters abonde dans le même sens. Sur le réseau social X, il a écrit que « les tests à 2h du matin sont l’un des moyens très efficaces pour prévenir le microdosage de peptides (EPO, hGH) et de testostérone ». Le principe repose sur une fenêtre de détection étroite: certaines substances administrées en faible quantité en soirée ne laissent plus de trace au lever du jour.
Le Dr de Mondenard sceptique: « Les coureurs maîtrisent les protocoles »
Malgré le dispositif déployé, le Docteur de Mondenard tempère les espoirs placés dans ces contrôles. « Cette offensive nocturne pourrait ne rien révéler. Les coureurs maîtrisent les protocoles et anticipent les contrôles surprises. Comme depuis 2016, il est fort possible que tous les tests restent négatifs », a-t-il averti.

Il va plus loin dans son analyse du dopage contemporain: « La médicalisation est totale mais les athlètes utilisent des produits efficaces mais indétectables ou non recherchés ou non listés pour éviter tout contrôle positif, considéré comme l’erreur irréparable d’une carrière ». Une mise en garde qui pointe les limites structurelles des systèmes de détection actuels, quelle que soit l’heure des prélèvements.
Articles suggérés
15,4 % des Français sous le seuil de pauvreté, un record depuis 1996
L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) vient de publier les résultats de sa grande enquête annuelle sur la pauvreté en…

