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7 juin 2026

Pharmacies de garde : entre urgences réelles et demandes absurdes

Le 1er mai, pendant que la majorité des Français profitent du jour férié, quelques pharmaciens restent mobilisés derrière un rideau métallique pour assurer la continuité des soins. Mais entre vraies urgences médicales et demandes de vernis à ongles en pleine nuit, la réalité des gardes est bien loin de sa mission première. Syndicats et Ordre des pharmaciens tirent la sonnette d’alarme face à une situation qui se dégrade.

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En bref

  • Des pharmaciens réveillés la nuit pour du vernis à ongles
  • 475 agressions déclarées en pharmacie en 2023
  • 88 % des titulaires victimes d’au moins un délit en deux ans

Des nuits de garde entre urgences médicales et caprices étonnants

Le système de la pharmacie de garde fonctionne à volets fermés : le pharmacien dort sur place ou à proximité, se lève à chaque appel et n’ouvre sa porte qu’à la personne annoncée. Dans de nombreux départements, il faut même passer par le commissariat ou la gendarmerie, qui contacte ensuite l’officine concernée.

Pharmacie de garde la nuit avec rideau métallique entrouvert
Image d’illustration © #etrehrx

La mission officielle est pourtant sans ambiguïté : assurer la continuité des soins pour des pathologies aiguës qui ne peuvent pas attendre. Antibiotiques, corticoïdes, traitement pour une crise d’asthme ou une forte fièvre chez un enfant — voilà ce que la garde est censée couvrir.

Mais la réalité des nuits de 1er mai raconte autre chose. Un pharmacien rapporte avoir été tiré du lit à 2 heures du matin pour fournir un simple vernis à ongles transparent, destiné à réparer un collant filé avant une soirée, ou encore une crème hydratante à l’acide hyaluronique oubliée. Des demandes qualifiées de banales par les syndicats, mais qui symbolisent un profond malentendu sur le rôle de ces gardes.

Le service de garde pharmaceutique en France

En France, les pharmacies de garde sont organisées par roulement afin d’assurer la continuité des soins en dehors des horaires d’ouverture habituels, y compris les nuits, week-ends et jours fériés. Ce service est encadré par le Code de la Santé Publique et coordonné par les Agences Régionales de Santé (ARS). Son objectif est de répondre aux urgences médicales, et non de se substituer à une pharmacie ouverte classique.

Ce que la loi autorise réellement en pharmacie de garde

Pour l’Ordre national des pharmaciens (CNOP), la garde n’est pas un service de dépannage ouvert en continu : c’est une obligation de santé publique, strictement définie par le Code de la Santé Publique. Le pharmacien peut légalement refuser une délivrance si l’ordonnance est absente, périmée ou déjà exécutée, ou si le médicament demandé représente un danger pour la santé du patient.

Mains d'un pharmacien tenant une ordonnance médicale au comptoir
Image d’illustration © #etrehrx

C’est précisément ce cadre légal qui se heurte aux attentes de certains clients. Les demandes de produits de confort — compléments alimentaires, cosmétiques — ne relèvent pas de ce dispositif, et leur refus est non seulement justifié, mais obligatoire.

La Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France (FSPF) précise qu’une indemnité de garde de 8 € la nuit ou de 5 € un jour férié est facturée par ordonnance. Elle est prise en charge par la Sécurité Sociale en cas de prescription médicale, mais reste entièrement à la charge du client pour tout achat de confort ou sans ordonnance.

Une hausse alarmante des agressions dans les officines

L’Ordre national des pharmaciens a recensé 475 agressions déclarées en 2023, soit environ 30 % de plus qu’en 2022. Sur ce total, 459 visent des pharmaciens d’officine. Selon ses analyses, la majorité de ces incidents survient après un refus de délivrance.

Guichet sécurisé d'une pharmacie de garde avec silhouette de client
Image d’illustration © #etrehrx

Environ un quart de ces agressions se produisent pendant une garde — un chiffre qui a doublé en cinq ans. L’enquête de la FSPF révèle par ailleurs que 88 % des titulaires ont subi au moins un délit en deux ans, le plus souvent sous forme d’incivilités.

Ces chiffres traduisent une tension croissante entre les professionnels de santé et une partie du public qui perçoit la pharmacie de garde comme un commerce ouvert à toute heure, plutôt que comme un service médical d’urgence encadré par la loi.

475
agressions déclarées en pharmacie en 2023, soit 30 % de plus qu’en 2022, selon l’Ordre national des pharmaciens.

Des soignants épuisés qui réclament davantage de respect

Dans le Tarn, un pharmacien de garde a été frappé après avoir refusé de délivrer un médicament sur la base d’une ordonnance trop ancienne, rapportait 20 Minutes. Un représentant syndical rappelait à cette occasion que les gardes ne sont « pas des grandes surfaces où on fait ses courses quand on veut ».

Pharmacien en blouse blanche de dos devant une officine fermée à l'aube
Image d’illustration © #etrehrx

Derrière ces anecdotes se dessine un malaise plus profond. Les pharmaciens de garde sacrifient leurs nuits et leurs jours fériés pour répondre à de vraies détresses médicales. Être sollicités pour des produits de beauté ou des achats de confort, puis agressés en cas de refus, fragilise une mission essentielle au système de soins.

La FSPF et l’USPO appellent à une meilleure information du public sur le rôle réel des pharmacies de garde, et à un renforcement des mesures de protection pour les professionnels exposés, notamment lors des nuits de jours fériés.

Les témoignages recueillis par les syndicats pharmaceutiques dressent un tableau préoccupant : des professionnels de santé mobilisés la nuit pour des urgences réelles, mais de plus en plus confrontés à des demandes déplacées et à des comportements agressifs. La hausse continue des agressions et le fait que 88 % des titulaires aient subi un délit en deux ans appellent à une prise de conscience collective. Respecter la pharmacie de garde, c’est préserver un maillon indispensable du système de santé publique français.

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